La Paz
- 26 juil. 2015
- 6 min de lecture
Tout le monde s'imagine le voyage comme idyllique. Toujours exotique. Il n'en est rien. Il est simple de ne retenir que les bons moments, comme il est simple de ne raconter que les moments de lumière, la coco sur la plage paradisiaque. Non. Le voyage est rude. Vous vous êtes réveillé dans un bel endroit. Le ciel est bleu. Vous prenez une photo que tout le monde verra et chacun retiendra comme LE souvenir de cet endroit. Puis vous revenez à votre tente car le soleil n'a toujours pas chassé la fraîcheur de la nuit. Le froid, il vous aura réveillé souvent cette nuit et vous n'êtes coupable que de quelques heures de sommeil. Vous rangez vos affaires et vous vous préparez à une grande marche après un frugale petit déjeuner. La marche est magnifique. Vous prenez une photo... Au bout de huit mois de voyage à porter votre sac quotidiennement, votre dos râle rapidement. Une douleur qui persiste à ne pas s'en aller. La marche terminée, vous prenez un bus car ici le stop ne marche pas, vous rongez votre frein quant aux rencontres. Les routes sont défoncées et votre chauffeur roule comme un pied. Vous arrivez dans une immense ville. Vous ne savez pas où votre bus vous a déchargé ni où vous devez aller. Des rabatteurs se jettent sur vous. Tout en essayant de décliner leurs offres attrape couillon, vous devez faire attention à ce que quelqu'un ne vous fasse pas les poches. Car avec votre gros sac à dos qui vous empêche de courir, tout le monde vous a repéré depuis longtemps et vous faites une proie facile. Au bout de trente minutes de marche, où tout vous agresse : la pollution, le bruit, la pauvreté, votre dos, l'altitude (qui vous fait transpirer deux fois plus que d'habitude), vous arrivez dans la rue où tous les hôtels se sont regroupés. Vous devez alors penser à votre budget. Vous choisissez l'hôtel le moins cher. Les lits sont si mous que les ressorts ressortent, tout comme l'empreinte de la personne obèse ayant dormi dans ce lit tout le mois dernier. Ou sinon le lit est si dur que votre matelas de camping vous donne plus envie. Vous allez manger. Encore une fois vous devez penser à votre budget. Vous allez dans une pizzeria qui bizzarement affiche les prix les plus intéressants. Tant mieux ? Mais quelle erreur vous faites ! La pâte n'est pas cuite et les ingrédients de conserve. Vous aviez commandé une bière pour vous faire plaisir. Au menu à 1,5€, à l'addition elle passe à 3€. On vous répond que oui, elle est à 3€ car on vous a apporté la grande et non la petite. Vous retournez dans votre hôtel. C'est alors que vous vous rendez compte que votre chambre donne sur la rue passante et que nous sommes samedi... Vous vous résiliez en vous disant que ce n'est que temporaire. Mais déjà la pizza ne passe pas. Si vous êtes prévoyant, vous aurez du papier toilette, sinon, n'espérez pas qu'il y en ait quand votre main le cherchera. Si vous n'en avez pas , vous vous torcherez avec votre main et de l'eau... Les toilettes sont sales. Quelqu'un a fumé dedans et à éteint sa cigarette dans l'évier, maintenant bouché. La chasse d'eau ne marche qu'à moitié. Vous retournez dans votre chambre. Malgré la fatigue et les boules quiès, vous ne rencontrez pas Morphée. Vous devenez irritable alors même que vous ne le voulez pas. Et vous devez faire avec ça et avec une personne à vos côtés. Bien que vous l'aimez plus que tout, vous n'êtes plus aussi patient et attentionné. Vous aimeriez qu'elle soit là pour vous, rien que pour vous, encore plus que d'habitude... Mais elle aussi porte son sac à dos et ses pensées, elle aussi a mangé de la pizza, elle aussi ne dort pas.
Nous sommes passés par La Paz, capitale administrative et siège du gouvernement. Peut être trop de jours qu'il n'en fallait. Une immense ville grise et poussiéreuse. Ici rien n'est peint, rien n'est embelli, même les façades des baraques d'habitude de couleur vive ou pastel sont laissées à la pollution, à la poussière, à la misère.
Pour échapper à cette ville sans charme, nous voulons nous rendre au Nevado Chacaltaya. Ancienne station de ski perchée à plus de 5000m, nous voulons prendre de la hauteur (encore plus ? La Paz culmine à plus de 3800m et est la capitale la plus haute du monde) sur la ville, admirer la Cordillère Real et respirer. Après avoir demandé à plusieurs personnes le meilleur moyen de s'y rendre, nous sautons dans un "micro" (transport collectif). Une heure trente de transport... Comment aurions nous pu savoir qu'une ville de l'agglomération de La Paz portait le même nom que ce sommet ? L'endroit est encore plus miteux que la capitale entière, encore plus pollué, encore plus poussiéreux. Après avoir perdu une demi journée, nous re-demandons des explications.
- "Ah mais non, là bah, seules des agences proposent d'y aller" ...
Mais pourquoi aurions nous eu envie de nous rendre dans un tel endroit ? ? !
Pour oublier cette tentative d'échappée, nous cédons à nos compulsions d'achat dans les boutiques d'artisanat et au marché aux sorcières où amulettes, potions et fœtus de lamas se font concurrence pour attirer la curiosité du touriste.

Le lendemain, résolus à atteindre notre bonne destination , nous partons au site historique Tiwanaku. L'entrée se révèle être le triple du prix indiqué dans notre guide touristique (de 2005), nous n'avons pas assez de liquides et ils ne prennent pas la carte bleue. Nous tentons le tout pour le tout en demandant un emprunt à notre chauffeur de bus, nous attendant pour le trajet retour, contre le portable d'Adrien en gage. Deal !
Planté au milieu d'une plaine aride, le mot ruine ne pourrait être plus approprié. Le lieu n'est plus que dunes et pierres là où jadis s'élevaient de majestueux temples. Quelques parcelles de murs aux blocs parfaitement imbriquées, statues et gravures nous aide à imaginer l'ampleur de cet empire. La porte du soleil trône, solitaire, au milieu de la place centrale. Deux beaux musées exposent les plus belles pièces des fouilles dont une statue, haute comme trois étages, gravée de la tête aux pieds, dédiée à la Pachamama.
Nous partons de La Paz en bus de nuit. Nous arrivons dans la matinée à Sucre, deuxième capitale du pays, capitale constitutionnelle. On nous avait annoncé que Sucre était une jolie ville. Et c'est vrai. Les murs des bâtiments sont peints en blanc, les places boisées sont belles et des églises au style colonial embellissent l'harmonie architectural qui règne à Sucre. On visite Sucre comme une ville de province en début d'été. Sans être spectaculaire, la ville est très agréable.
C'est de l'extérieur que l'on découvre la Bolivie. L'étranger n'est pas intéressant. Nous ne sommes pas une curiosité, quoi que l'on fasse. Alors on observe. Les villages sur la route, les gens et leurs habitudes. Les gens mâchant la coca inlassablement, comme s'ils avaient un oeuf dans le coin de la bouche. Les gens parlant dans d'autres langues. Les vieux et les vieilles marchant dans la rue. Les uns portant des enfants, les autres des pierres ou des fagots de bois. Si je devais penser à un bolivien, je penserai certainement à cette femme sans âge, assise sur une couverture vendant des légumes fripés, édentée, souvent grosse ou trop âgée pour manger, habillée d'une grande robe de couleur terne, d'un chapeau noir et de ce drap de couleur flash, si reconnaissable qu'il est une définition des Andes à lui seul. Le regard qui ne vous soutient pas mais qui fuit. Parfois intrigué ou amusé, mais jamais longtemps. Jamais longtemps pour cette jeunesse et encore moins étrangère.
Dans la banlieue de Sucre se trouve la plus grande concentration d'empreintes de dinosaures. Plus de 5000 traces de pas conservées dans une roche quasi à la verticale aujourd'hui. Découverte il y a des années par la cimenterie exploitant le gisement, elle est devenue un attrait historique : le parque cretácico. La première entreprise de ciment touristique ! Mû d'une ancienne passion paléontologique, Adrien parcourt le parc avec les yeux et le sourire de ses sept ans, les noms toujours en mémoire. De grandes reproductions nous regardent entre les allées : allosaures, ankylosaures, titanosaures, velociraptores, dont une de plus de 36m de long et 18m de haut. Casques de chantier sur la tête, nous remontons le temps à l'ère du crétacé et admirons la taille des empreintes fossilisées dans la paroi. De quoi nous replonger dans le film Jurrassic World, vu à La Paz.
A Sucre, munis d'une cuisine, nous nous préparons des repas simples et bons et faisons du marché notre activité principale. Étalages de fruits et de légumes connus de nos marchands ou exotiques, pains briochés ou craquants, queue de vache, patte de poulet ou tête de cochon, il y en a pour tout les goûts. Mais alors que nous voulons continuer, nous tombons malade l'un après l'autre, fièvre, vomissements et diarrhées, le top d'un voyage ! Virus ou intoxication alimentaire, personne le sait mais tous les voyageurs y vont de leurs bons conseils médicaux.
Après trois jours de repos, de diet riz - bananes et de rencontres nous distrayant l'esprit, nous repartons. Nous évitons Potosi et ses mines d'argent historiques par souci de temps et une envie de nature. Le Salar d'Uyuni et sa région nous attendent !

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