Bleu et le Soleil
- 19 juil. 2015
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Direction le lac Titicaca : Juliaca – Puno. Ici, très peu de personnes connaissent le stop. Nous devons nous habituer à certains discours, pour le moins énervant. Une voiture s'arrête. - “ Ne vous mettez pas ici, le bus ne s'y arrête pas. - Mais nous ne voulons pas prendre de bus, nous faisons du stop. - Ah! Mais le mieux serait que vous reveniez dans la ville et de là vous pourrez prendre un bus. Si vous voulez, je vous y emmène pour 5soles. - Non merci, nous ne prenons pas de bus mais faisons du stop. Vous savez, nous demandons aux personnes dans les voitures si elles vont à tel endoit et si elles veulent bien qu'on y aille avec eux ... un service gratuit ... - Ah! mais vous ne voulez pas payer! Mais ce n'est pas possible! Ce qui vous coûtera le moins cher c'est le bus ! - OK MERCI !” ... Un policier nous prend finalement en stop, avec toute sa famille. - “ J'ai un hôtel à Cusco, je vous laisse mon numéro. Si vous revenez, vous m'appelez et je vous fais cinq nuits gratuites! Mais revenez avec des enfants ! - Ha ha ! Merci beaucoup. “ Ayant voyagé en grande partie en van et sans réponse à nos demandes de Couchsurfing, le contact et la rencontre avec des péruviens nous manquait dans ce pays. De nouveau sur le bord de la route, nous attendons ce moment. Un camion s'arrête. Il va à Juliaca. - “ On vous emmène mais il n'y a plus de place dans la cabine, seulement “arriba” (en haut) dans la benne. - Pas de souci ! ” leur répondons nous avec un grand sourire. La benne est pleine de bric à brac (chaises, matelas, congélateur, fours, tables, marmites). On s'amménage notre petit coin aussi confortable que possible. Coincés enre la porte arrière et le congélateur, nous volons à chaque “tope” (dos d'ânes) ou trou. La nuit tombe rapidement et la température aussi. Après une pause, nous nous installons plus confortablement sur des tables empilées jusqu'à 1m, un matelas de fortune sur celles-ci et quelques couvertures sur nous. Nous sommes enfin à l'abri du vent qui commencait sérieusement à nous piquer le visage. La nuit tombe et les étoiles s'allument par milliers, la voie lactée se dessine. Bien au chaud nous admirons. Un très beau moment. Nous nous sourions sans mot, sous toutes nos couches. Etoiles filantes - voeux Un arrêt pour manger. Nous commandons tous le même plat : un oeuf, du riz et des pommes de terre frites. Flore et son copain nous posent plein de questions. Son père et sa mère nous observent plus silencieusement. Sa petite soeur nous sourti de toutes ses dents et demande le prénom de chaque frère et soeur de Ségo : - “Jérémie - Jdgéwémi? - Oui” répondit Ségo avec le sourire et le regard attendrissant d'une grande soeur. Pour une fois, on prit du temps à table, même si le plat n'en vallait pas le coup, c'était la rencontre qui le permettait... 8 euros pour sept plats et sept thés. Nous payons. - “ Pourquoi ? - Grâce à vous nous allons arriver à Juliaca, c'est une manière de vous remercier. - OK! merci ! ” Encore une heure de route sous les étoiles, main dans la main, et nous arrivons. Nous partons le lendemain matin pour la ville de Puno et nous apercevons enfin ce lac bleu légendaire: le lac Titicaca. Sans nous arrêter pour autant, nous poussons jusqu´à la petite ville de Chucuito ayant appris il y a quelques jours qu'Audrey, ses parents et Alex s'y trouvaient. Réputé pour la qualité de sa truite du lac Titicaca, nous nous installons sur la place du village pour en déguster. Fraîche et cuite à point elle s'avèrera être la meilleure de tout le voyage ! Repus, nous faisons le tour du village en quête de l'hôtel d'Audrey et Alex et trouvons ses parents. Coincés par le changement des disques de frein du van nos amis passent la journée dans un garage de Puno. Une balade dans les alentours et nous les retrouvons à l'heure de l'apéro. Retrouvailles, récits et Pisco s'en suivent. Nous reprenons la route longeant le lac en direction de la Bolivie. Par chance un camion nous prend rapidement. Malhereusement, après une heure de route, un barage de douane arrête notre véhicule. Notre chauffeur descend. Nous l'observons dans le rétroviseur. Après un long moment de ce qui semble être une longue partie de négociation entre notre chauffeur et un douanier inflexible, notre chauffeur revient un papier jaune à la main. Ouvre la porte. S'installe sur son siège. Nous regarde avec des yeux ironiques et nous annonce qu'il vient d'écoper d'une amende pour transport de touristes... l'amende n'est pas élevée mais illustre bien la mentalité de la région. On nous avait averti : à partir de la Bolivie, le stop ne marche plus, il est mal vu et quand bien même quelqu'un t'aide, il te fait payer ... Notre dernier resto au Pérou restera gravé dans nos mémoires. Pour payer notre repas d'une valeur de 10 soles nous tendons un billet de 50 soles (15€) à notre cuisinière. Face à une "telle" somme celle-ci joint ses mains devant son visage et nous regarde comme l'aurait fait une petite fille recevant une friandise. La vieille femme nous demande alors si c'est un vrai, tout en humant l' odeur du billet comme pour en vérifier son authenticité et notre réponse. Nous passons la frontière sans soucis et arrivons à Copacabana (" Vue sur le lac" en langue Aymara) sur les bords du Titicaca. Un lac grand comme la Corse. Cette ville a donné son nom à la célèbre plage de Rio de Janeiro à la suite du transport de sa statue de la Vierge. Le dimanche, les habitants, les commerçants et même les voitures des environs viennent s'y faire bénir. Petite ville touristique, sans grande diversité d'activité, c'est le point de passage obligé pour se rendre à Isla del Sol. Deux heures de bateau et nous atteignons le nord de l'île. Isla Del Sol semble être le souvenir d'un mystère passé aux parfums envoûtants. L'île est le centre spirituel et mythologique des Incas. Leurs ancêtres y seraient nés du soleil, qui lui même serait né de l'île. Bleu. Le lac Titicaca est une déclaration d'amour au bleu. J'aurais aimé que l'eau se fasse encre et les roseaux mon pinceau pour peindre ce tableau. Si le soleil est né de cette île, je veux bien croire que le bleu aussi. Le lac, d'un bleu gris au petit matin, devient saphir à midi. Sur le bord des plages sa robe est turquoise. Au soleil couchant, un bleu sombre tirant sur un léger violet envahit nos contemplations. Après un passage dans un labyrinthe de ruines perché sur la colline nous profitons du beau temps pour sauter dans les eaux froides du lac, peut importe sa température, il est sacré. Nous installons notre campement sur une plage de galets. Un lieu magnifique. La promesse d'un coucher de soleil flamboyant nous amène en haut d'une colline. Et ce n'est qu'à ce moment, quand le fils s'en va, qu'on se rend compte que Bleu n'est pas infini. En se cachant au loin, derrière les montagnes péruviennes, celles ci nous apparaissent telles des ombres chinoises et trahissent les limites du lac bleu.


En redescendant à notre tente nous remarquons une fumée suspecte et inquiétante : quelques buissons commençaient à prendre feu. Sans doute une cigarette "égarée". Rapidement, nous nous attelons à éteindre les flammes à l'aide de sable et d'un litre d'eau. Vingt minutes plus tard mission réussie ... jusqu'au prochain coup de vent qui ravivera les quelques braises oubliées. A la nuit tombée, nous écoutons le silence d'un ciel étoilé et le murmure du clapot. Durant cette nuit parfaite, froide et sèche, les étoiles brillent et veillent sur nous. En marchant dans l'île nous croisons des bergers, des femmes sans âges ... Nous avons envie de les prendre en photo, leurs visages racontent une histoire vieille de plusieurs siècles, une culture que nous trouvons fascinante. Les habitants de l'île, en habits de fête, chaudement colorés, célèbrent de façon païenne, le soleil, le Bleu, la vie... Isla del Sol
Je suis le soleil et la mer Je suis le bleu et la terre. Je suis un monde sage Une terre sans âge, Où je cultive les couleurs Où le temps n'a pas d'heures.
Si tu dors sous mes cieux Rapproches toi de mon feu Celui qui brule en moi Celui qui anime la foi De mes habitants qui dansent et chantent Comme un bûché qui crépite. C'est mon histoire qui les hante C'est ma force qui les habite.

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