La Colombie, partie 2 : Sur la route du café
- 21 avr. 2015
- 8 min de lecture
Après une journée à la pointe nord de la Colombie (et du continent sud-américain), nous devons nous lever pour être prêt à partir à 5h30. Seul départ de la journée pour Uribia, le chauffeur de la camionnette nous avait dit :
"5h30 ici ! Sans faute ! Sinon je pars sans vous !
Oui oui, 5h30… " Nous lui répondîmes sans grande conviction.
La nuit encore noire, notre ami arrive à 5h05, vient à notre tente et crie :
« c’est bon ? Vous êtes prêts ! ? »
Le réveil avait à peine sonné… En 15 minutes tout est plié. À 5h25 nous démarrons. En se frottant les yeux à l’arrière de la camionnette, nous observons la pleine lune disparaître et le soleil prendre sa place. Un spectacle extraordinaire, sublimé par le paysage désertique.
Nous revoilà donc sur les routes en direction de Medellín (à 1200km au Sud). Nous y sommes attendus par un couchsurfing dans 4 jours. Après une longue journée de stop nous passons une nuit à Santa Marta. Puis nous repartons. En sortant de Santa Marta un premier conducteur nous prend après deux minutes d’attente. Puis un homme peu bavard fait un détour pour nous déposer à un péage et nous donne 40 000 pesos (~14€) pour « qu’on prenne un bus ». Le chauffeur insistant pour que nous les prenions, nous acceptons... Derrière le péage, un camion s’arrête assez rapidement. La cabine ne comporte qu’un unique siège et Bertrand se désigne pour se mettre dans le container à charbon, vide à l’occasion. Notre chauffeur s’appelle Hermès.
(en souriant) « Vous savez que vous portez le nom d’un Dieu ?
(Avec un clin d’œil et un sourire au coin des lèvres) Oui je sais ! »
Dans la mythologie grecque, Hermès est le messager des dieux. C’est aussi le Dieu du commerce, des voyageurs, des voleurs et des prostituées. Il apporte la bonne fortune, le bon hasard. Tout imprévu positif ou négatif est appelé « don d’Hermès ». Son homologue romain s’appelle Mercure qui a en plus un rôle de médiateur. Mercure était célébré le 15 mai et a donné son nom au troisième jour de la semaine. Adrien est né un mercredi 15 mai… le hasard ?
Hermès est très sympa et en connaît beaucoup sur la France. « La Révolution Française, la Résistance, le Générale De Gaulle, le Concorde, Air France, Paris Ahhh Paris ! Et la France ! Ahhh la France ! ». En quatre heures de route nous nous arrêtons trois fois. Il nous offrit la première fois une glace chacun, la deuxième fois une galette de maïs et du café à la troisième. Au quatrième arrêt, c’est nous qui lui offrons un repas. Hermès, dieu des voyageurs… nous sommes très bien tombés ! Merci Hermès ! Grâce à notre nouvel ami (qui a du mal à nous laisser partir), nous arrivons dans la ville de Sincelejo.
Le jour était couchée depuis longtemps, nous posons nos gros sacs dans un hôtel. Au moment de nous inscrire sur les registres de l’hôtel, le gardien de nuit remarque nos passeports.
« Aah ! Mais vous n’êtes pas colombiens !
Bah non
Parce que c’est un hôtel réservé aux colombiens, nous n’avons pas de licence pour accueillir des étrangers.
(très surpris) Sérieusement ? Bon, il n’y aurait pas moyen de s’arranger ?
Heu oui, ne mettez pas vos vrais noms et demain vous devrez partir avant que la gérante n’arrive !
C'est à dire ?
4 ou 5 heures du matin …
Ah non, ça ne va pas être possible ça. 7h30 c’est bon ?
Je crois que la gérante n'arrive pas avant 8 heures…
Bon et bien c’est parfait, nous serons partis avant 8 heures. »
Dans une chambre minuscule et à chaleur tropicale nous essayons de nous endormir…
À 6h55 quelqu’un frappe à la porte. C’est le gardien de nuit.
« C’est bon, vous êtes réveillés ?
Maintenant oui… »
Nous sommes dimanche. Virés de l’hôtel, nous terminons de nous réveiller avec un petit déjeuner dans une station essence proche. Nous ne savons trop quoi faire. Le stop marche plutôt bien et nous avons un peu d’avance pour arriver à Medellín. Trois choix s’offrent donc à nous. Le premier, continuer et arriver plus vite que prévu à Medellín. Le deuxième aller dans la ville balnéaire de Tolú pour la journée. Et notre troisième option, faire un peu de route pour aller dans la ville de Mompós. Après avoir pesé le pour et le contre de chaque option, nous choisissons d’aller à Mompós. Cette ville est réputée pour ses nombreuses églises et son style colonial intact. La route pour s’y rendre étant légèrement compliquée nous commençons par prendre un bus pour la ville de Magangué. De là, après avoir mangé un repas qui avait la simple prétention de remplir une assiette et la visite d’une immense église nous nous acquittons de 15 minutes de taxi-bateau. Nous pensions être arrivés mais on nous annonça qu’il fallait 45 minutes de taxi supplémentaires pour admirer la ville espérée. Le prix sont élevés et non négociables. Les taxis désagréables. Nous nous sentons abusés et acculés.
« Bon on est pas venus jusque ici pour faire demi-tour ?! »
Après un temps d’attente Ségolène, partie se renseigner, revient sourire aux lèvres. Elle a trouvé une voiture pour Mompós ! Génial ! Après un gros f**k aux taxis nous partons.
Nous arrivons vers 14h dans la ville, cinq heures après avoir quitté Sincelejo. Nous errons seuls dans les rues brulantes de la ville. Nous n’avions jamais eu aussi chaud pendant ce voyage. 38°C à l’ombre.
Beaucoup des églises sont fermées et il n’y a pas grand-chose à faire dans la ville. Nous marchons. Prenons quelques photos et nous étonnons devant une maison d’architecte en construction, style « cubique » rompant totalement avec le côté colonial de la ville. Vue l’heure tardive, nous ne pourrons pas revenir à Sincelejo avant la nuit, nous la passerons ici et reprendrons notre route demain. Nous partons donc à la recherche d’un endroit sympa où dormir. Nous trouvons un hôtel correct. Le gérant, ravi de voir des touristes ne fait pas grimper les prix mais pour notre budget cela resta un chouilla haut. Dans une dernière tentative de trouver un endroit moins cher, Ségo et Beber partent faire un tour du quartier tandis qu’Adrien garde le gérant sous le bras.
À Mompós il y a un petit jardin accolé au cimentière.
« Peut-être que nous pouvons demander pour planter la tente dans le jardin ?
Allez demander je reste ici avec les sacs »
Un bon quart d’heure plus tard (je commençais à m’inquiéter) Ségo et Beber reviennent tout sourire !
Devine où on dort ce soir gratuitement ?!
Dans le cimetière ?
Non…
Bah j’sais pas !
Dans la maison d’architecte !
En effet sur le chemin Beber et Ségo ont tenté leur chance et ont demandé le logement aux propriétaires de cette maison. Quelques minutes de discussion et nous voilà très bien accueillis. Nous sortons donc de l’hôtel malgré l’ultime essai du gérant de baisser les prix pour nous garder. Nous nous installons sur la terrasse du dernier étage, toujours en construction, à l’air libre. Nous avons une super vue sur la ville. Le soir nous sortons déguster une pizza sur une place de la ville qui entre temps avait repris vie.
Le jour d’après, suite au bateau, nous faisons du stop. Nous mettons quasiment toute la journée à faire la soixantaine de km nous séparant de Sincelejo. Avançant en saut de puce sous une chaleur accablante nous arrivons deux jours plus tard à Medellín.
...
Medellín, un cœur dans une montagne, tel est le symbole de la ville. La ville et ses environs sont encaissés dans une vallée verte à rendre jalouse une prairie normande. Ancien fief de Pablo Escobar et de son cartel : dans les années 80 la ville dénombrait jusqu’à quatre meurtres de policiers par jour ! Aujourd’hui la ville a bien changé et s’est modernisée. Métro, téléphérique de montagne pour passer d’une vallée à une autre, réseau de bus performant, centre culturel et économique … la ville possède tous les attraits d’une grande métropole. Nous sommes hébergés quatre nuits chez Marleny (grâce au couchsurfing) dans une belle maison en périphérie de Medellín. Chez Marleny nous nous reposons, faisons à manger, regardons des films dans son lit avec des chocolats chauds tendrement préparés comme l’aurait fait nos mères…
Entre le nord de la Colombie et les vallées vertes de Medellín, nous perdons 20°C et nous renfilons nos jeans et pulls.
La Colombie est un pays qui bouge, change rapidement, se modernise à grande vitesse. À l’horizon 2030 les spécialistes voient la Colombie comme un acteur majeur de l’économie mondiale (au même niveau que les BRICS aujourd’hui). Et bien nous dirons que Medellín est à l’image de ce pays en marche.
Dans le jardin botanique de la ville nous apprenons que Damien Marley (un des fils de Bob Marley) est en concert ici même, dans le jardin, ce soir. À l’entrée de la salle nous demandons s’il reste des places ; malheureusement non. Mais par chance, au moment même où nous quittons l’entrée, le mini bus privatisé de Damien Marley se gare à coté de nous et toute la troupe du concert en descend. Au début nous ne le reconnaissons pas entre tous les « dreadeux – barbus » de la bande, mais il était là, à quelques mètres de nous …
Puis nous quittons la région de Medellín pour celle de Manizales, une ville universitaire à 4h30 de route au sud de Medellín. Nous avions passé tellement de bon temps avec Marleny que cela nous a rendu légèrement flemmards et nous préférons un bus à nos pouces pour le trajet. Rarement nous avions été aussi mals et peu à l’aise dans un trajet. Les routes étaient aussi droites qu’un plat de spaghettis et notre chauffeur aussi souple qu’un couteau. Manizales est célèbre pour se situer dans une vallée de café ; que nous voulons visiter. Dans la recherche d’un hôtel intéressant, nous tombons sur l’affiche de l’hôtel Nueva York : « venez ici, ce n’est pas cher ». Nous resterons deux nuits dans cet hôtel miteux, mais qui ne mentait pas sur son affiche.
Manizales est une très bonne surprise. Construite sur la crête d’une montagne à plus de deux milles mètres, nous découvrons la ville sous un temps parisien (tout gris mais clair à la fois). Nous sommes rapidement charmés par ses belles églises et sa cathédrale et des magnifiques statues, assez énigmatiques parfois, situées dans toute la ville. Si vous faites attention, vous pourrez sentir les odeurs d’ananas murs que disposent des vendeurs sur des étalages.
Grâce aux conseils d’un guide touristique, nous nous rendons à 25km au sud de Manizales, à Chinchina pour visiter une fabrique de café. Nous sommes dans la « hacienda Guayabal ». Pendant près de quatre heures notre guide nous fait découvrir les propriétés et les différentes étapes de fabrication du café, de la graine à la tasse. Un voyage caféiné très intéressant dans un cadre superbe où on nous invite à cueillir le café et à suivre son processus.
« À la fin, vous pourrez boire VOTRE café »
On nous explique aussi pourquoi le café de la Colombie est la meilleur café du monde : excellentes conditions climatiques, altitude parfaite… A la fin de la visite nous avons le droit à une dégustation personnalisée. En effet, en fonction de la température et du temps de « cuisson » le gout d’un même café change considérablement… Le meilleur café de nos vies ? Sans doute ! Une dernière surprise nous attend, on nous délivre personnellement un diplôme attestant de notre « spécialité de cueilleur et de dégustateur du meilleur café de Colombie » (sous-entendu « du monde » , vous l’aurez compris).

Après un retour pluvieux à Manizales nous commençons la route pour la capitale, la mythique Bogota.
Nous commençons le stop bien tard à cause de la pluie et quand la nuit tomba nous n’avions toujours pas bougé de la sortie de Manizales. Il nous faut trouver un endroit où dormir et nous n’avons ni envie de retourner dans le centre de la ville ni de dépenser des milles et des cents pour un hébergement. La tente ? Il y a peut-être un terrain derrière une usine où personne n’irait, mais gardons à l’esprit que nous sommes toujours en Colombie et que notre tente ne supporterait pas la moindre pluie. À force de chercher et de demander aux restaurants et passants dans la rue nous trouvons notre hébergement. Peut-être le plus remarquable depuis le début de ce voyage. Dans un parking nous demandons à son gardien si nous pouvons planter notre tente sous une bâche à côté de lui. Celui-ci accepte sans hésiter. Puis se ravise et nous indique plutôt l’arrière d’un camion abandonné. En un coup de balais, voilà l’endroit parfait pour la nuit !

Commentaires